La passion d'Emma, Penelope Williamson

Publié le par LadyRomance

La passion d'Emma, Penelope Williamson

Le destin d'Emma semblait tout tracé. Jeune fille d'une grande beauté appartenant à la haute société de Bristol, elle est promise au riche propriétaire de filatures Geoffrey Alcott. Mais dans la Nouvelle-Angleterre de la fin du XIXe siècle, elle semble la seule à être touchée par le sort misérable des ouvriers. À travers les barreaux de sa cage dorée, c'est vers ces hommes et ces femmes à la vie rude et aux mœurs simples que sa sensibilité et sa générosité la portent. L'humble immigré irlandais Seamus McKenna n'a rien d'autre à lui offrir que son grand cœur, ses mains rugueuses et ses yeux de braise. Et pourtant Emma se sent de plus en plus proche de lui, jusqu'à braver les convenances et renoncer à son rang social. Pour s'extirper du carcan qui l'enserre, vivre sa révolte jusqu'au bout et changer définitivement de clan, une seule force est capable de porter Emma, celle de l'amour.

Emma est assurément une jeune femme qui s'ignorait passionnée jusqu'à ce qu'elle rencontre ce bel immigrant irlandais qui lui révèle comme un envers de décor, un tout autre univers que celui qu'elle connaissait jusqu'alors. Elle, vivant dans la bonne et haute société, évolue dans un monde totalement différent de celui pour qui elle éprouve un sentiment naissant dont elle ne soupçonnait pas l'existence. Car la vie d'Emma est celle des convenances et des apparences dans lesquelles elle se sent totalement perdue. De plus, sa vie avec sa mère et sa sœur est marquée par des événements lourds qui se sont produits et avec lesquels elles se doivent de vivre.

Bethel, la mère d'Emma, est issue d'une famille modeste. La mère de Bethel a tout fait pour sortir sa fille de ce milieu social en lui donnant une éducation à cet effet et y est parvenue. La famille du mari de Bethel ayant fait fortune à l'origine dans la traite des noirs, il a fallu deux siècles pour que cette famille entière se refasse une respectabilité. Pour Bethel, c'est donc une attention de chaque instant pour rester crédible auprès de ceux qui sont devenus ses pairs afin qu'ils ne découvrent jamais la misère de laquelle elle est issue et s'assurer ce fragile respect de la haute société. Elle se donne beaucoup de mal pour garder les apparences intactes afin de ne pas en être rejetée. C'est pour cette raison qu'elle empêche sa plus jeune fille handicapée dans une chaise roulante depuis un accident de se montrer en société, ou même aux invités qu'elle reçoit dans leur maison. Celle-ci vit très mal son isolement alors qu'elle est à un âge où l'on est plein de vie. Par ailleurs, un drame a plongé Bethel dans la culpabilité lorsque son fils est parti en mer lors d'une forte tempête et y a laissé la vie. Son mari s'est alors enfui pour passer du bon temps avec ses maîtresses dans leur demeure à Cuba.

C'est une famille déchirée, tourmentée, avec pour Emma, cette mère qui ignore les sentiments et émotions qu'éprouvent ses deux filles comme elle ignore les siens. Même là où Emma trouve un peu de réconfort, dans la pratique de la sculpture, sa mère y voit un possible scandale. Emma voit sa vie toute tracée, un devenir qui s'est dessiné comme une évidence au fil des années : côtoyer la bonne société avant d'épouser son ami d'enfance, Geoffrey, riche entrepreneur à la tête de manufactures textiles.

Pour Emma, ce monde quelle trouve déjà absurde et insignifiant, est profondément marqué par sa rencontre avec une femme immigrée irlandaise travaillant pour Geoffrey. Avec cette femme, elle découvre l'existence d'un tout autre monde, fait de pauvreté matérielle mais de richesse de cœur, d'un sentiment de liberté et d'être dont elle ignorait l'existence. Tout ce qui manquait à Emma semble se trouver au-delà de cette frontière qui fera d'elle une autre femme. Jeune fille timide, elle se découvre un cœur et des ailes, s'intéressant aux autres, éprouvant une rare compassion à cette époque pour tous ceux qui sont considérés inférieurs à la bonne société : pauvres, malades, gens de couleurs, étrangers comme ici les irlandais etc...

Pénélope Williamson à ce talent pour écrire des histoires originales avec des femmes issues d'un monde aisé étouffant qui trouvent la liberté et la passion dans un monde modeste, dans une Amérique de la fin du 19° siècle où la richesse matérielle était profondément séparée de celle de la richesse du cœur. Une époque où il fallait un sacré courage pour sauter le pas de la taille d'un immense gouffre afin d'oser vivre une vie plus simple mais authentique.

La passion d'Emma est une lecture prenante, une belle histoire d'amitié entre deux femmes, une merveilleuse histoire d'amour entre l'héroïne et un bel irlandais que tout sépare dans une Amérique où les mœurs évoluaient lentement.

Emma se campa sur le seuil, une main sur le chambranle.
« Elle dort, dit-elle. Je lui ai mis une bouillotte sur les pieds, pour qu'elle n'attrape pas froid. »
Il tenta de lui sourire, n'y parvint pas.
« Vous vous y prenez à merveille avec elle. Avec les deux, en fait, et aussi avec le bébé. Je ne vous ai pas assez remerciée. Nom de Dieu, je ne vous ai pas remerciée du tout... »
Il n'avait jamais rencontré quelqu'un capable, comme elle, de s'illuminer au moindre compliment. Son visage rayonna de joie en un éclair.
Elle ne paraissait hautaine et inaccessible, songea-t-il, que lorsqu'on la voyait pour la première fois. C'était un masque, un moyen de dissimuler sa vulnérabilité. Chaque fois que sa fragilité lui apparaissait, il ressentait une troublante impression de découverte, comme s'il était le premier homme à l'avoir perçue en elle.
Et c'était cette fragilité qu'elle manifestait à présent, en cherchant a éviter son regard...

Publié dans Roman historique

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