Jane Austen : sa vie, son oeuvre (2ème partie)

Publié le par LadyRomance

Jane Austen : sa vie, son oeuvre (2ème partie)

Les thèmes des romans de Jane Austen

 

Les romans de Jane Austen ont tous pour cadre la vie quotidienne en Angleterre dans la société géorgienne qu'elle connaît bien puisque c'est durant cette période qu'elle vécut. Jane Austen se plaît à décrire la vie de cette petite gentry campagnarde, plutôt aisée, mais sans fortune, aux alentours des années 1800. Il y a dans son oeuvre une dimension humoristique critique en décrivant la vie quotidienne, les joies, les peines et les amours de la petite noblesse campagnarde, qui constitue une source d'une grande richesse pour mieux comprendre la société de l'époque. Les romans de Jane Austen balaient tour à tour le contexte historique particulièrement tourmenté, la hiérarchie sociale, la place du clergé, la condition féminine, le mariage, ou encore les loisirs de la classe aisée. Sans que le lecteur en soit toujours pleinement conscient, de nombreux détails de la vie quotidienne, des aspects juridiques oubliés ou des coutumes surprenantes sont évoqués, qui donnent une vie et une authenticité toutes particulières à l"histoire de la société anglaise d'alors. Cependant, la vision de l'Angleterre que présente Jane Austen est décrite de son point de vue : celui d'une femme de la petite gentry appartenant à une famille plutôt aisée et très cultivée, bénéficiant de belles relations. Les intrigues de Jane Austen mettent en lumière la dépendance des femmes à l'égard du mariage pour obtenir statut social et sécurité économique. Elles s'intéressent particulièrement aux questions morales. Sans aller jusqu'à critiquer ouvertement la situation injuste faite aux femmes, Jane Austen développe donc une philosophie personnelle du « bon » mariage et des conditions qui le permettent. Observatrice attentive de son époque, et elle-même dans la situation financière médiocre (penniless) de la plupart de ses héroïnes, elle offre au lecteur un miroir des comportements de sa classe sociale en mettant en scène de nombreux personnages secondaires mariés dont l'union est jugée d'un point de vue féminin, comme si elle avait voulu présenter tous les cas de figure qui s'offrent à une jeune fille en âge de se marier et les hiérarchiser : les mariages fondés uniquement sur la passion amoureuse n'y sont pas heureux, ceux de convenance, surtout lorsqu'ils ne sont fondés que sur des considérations mercantiles, ne sont pas beaucoup plus satisfaisants. Elle réfute aussi deux idées reçues sur l'amour dans la littérature romanesque : l'idéal du coup de foudre et l'impossibilité d'aimer plusieurs fois. Au fur et à mesure que se développe l'intrigue, l'héroïne s'engage dans la démarche vers ce qui sera pour elle, au dénouement, le mariage idéal : une union fondée sur l'affection et le respect mutuels, un attachement profond mais rationnel, sentimentalement et intellectuellement équilibré mais économiquement viable, avec un homme qui présente avec elle une affinité de pensées et de goûts, et qu'elle aura eu le temps d'apprendre à connaître et à apprécier, indépendamment de leur origine sociale et de leur situation financière.

Les oeuvres majeures de Jane Austen

 

Le mariage est justement le thème central du second roman que Jane Austen commence à écrire en 1796, intitulé alors First Impressions qui deviendra Orgueil et préjugés. Elle termine le premier jet en août 1797, elle a alors 21 ans. Il devient très vite le préféré de la famille. En novembre 1797, le père de Jane aurait cherché à le faire publier mais il aurait été refusé par retour de courrier. Il se peut que Jane n'en ait jamais rien su.

Après avoir terminé First Impressions, elle retourne à Elinor and Marianne, et, de novembre 1797 jusqu'à mi 1798, elle le retravaille en profondeur, renonçant au format épistolaire en faveur d'un récit à la troisième personne, d'une facture proche de la version définitive de Raison et sentiments.

  Puis, elle commence un troisième roman provisoirement intitulé Susan, le futur Northanger Abbaye, une satire des romans gothiques qui font rage depuis 1764, terminé au bout d'un an. En début 1803, Henry Austen le vend pour 10 livres à un éditeur qui laisse croupir l'ouvrage jusqu'à ce que Jane Austen en reprenne les droits en 1816.

En décembre 1800, le Révérend George Austen décide sans préavis de quitter son ministère et de déménager avec sa famille à Bath dans le Somerset. En décembre 1802, Jane aurait accepté un demande en mariage qu'elle refusera le lendemain matin. Il semblerait que ce mariage fut envisager parce qu'il aurait rapporté des avantages à la famille sans que Jane n'ait éprouvé d'affection pour son prétendant, Harris Bigg Whitter.

Jane Austen commence un roman en 1804, The Watson, qui restera inachevé. Il concerne un clergyman invalide sans grandes ressources financières et ses quatre filles non mariées. Ce roman est décrit comme "une étude sur les dures réalités économiques de la vie des femmes financièrement dépendantes". Cependant, Jane aurait délibérément cessé de travailler à ce livre après la mort de son père soudainement emporté par la maladie le 21 janvier 1805. Sa propre situation ressemblait trop à celle de ses personnages pour qu'elle n'en ressentît pas un certain malaise. Durant quatre années, les frères de Jane aident financièrement leurs deux soeurs et leur mère qui se retrouvent dans une situation difficile. D'abord en location à Bath, elles partagent ensuite une maison avec Franck Austen et sa jeune épouse et partent souvent visiter la famille.

Henry, le frère dont Jane se sent le plus proche, d'abord banquier, devient après sa faillite clergyman de l'église anglicane. C'est lui qui sert d'agent littéraire à sa sœur. Parmi son vaste cercle londonien, se trouvent des banquiers, des marchands, des éditeurs, des peintres et des acteurs. Ainsi, grâce à son entregent, Jane a l'occasion de fréquenter une catégorie sociale normalement inaccessible en campagne.
Vers le début de l'année 1809, c'est Edward, l'un des frères, qui met à leur disposition un grand cottage dans le village de Chawton, demeure qui fait partie de son domaine Chawton House. Jane, Cassandra et leur mère y emménagent le 7 juillet 1809. Les Austen ne fréquentent pas la gentry avoisinante et ne reçoivent que lors de visites familiales. Anna, nièce de Jane, raconte leur quotidien : « C'était une vie très calme, de notre point de vue, mais elles lisaient beaucoup, et en dehors des tâches domestiques, nos tantes s'occupaient à aider les pauvres et à apprendre à lire ou à écrire à tel garçon ou telle fille ». Jane Austen écrit presque tous les jours, mais en privé, et semble avoir été dispensée de certaines contraintes de façon à pouvoir se consacrer davantage à ses manuscrits. Ainsi, dans ce nouvel environnement, elle retrouve l'entière plénitude de ses capacités créatrices.
 Quatre romans de Jane Austen sont publiés et reçoivent un accueil plutôt favorable. Raison et Sentiments paraît en octobre 1811. La critique est élogieuse et le roman devient à la mode dans les cercles influents. Le revenu qu'en retire Jane Austen lui permet une certaine indépendance, tant financière que psychologique. En janvier 1813 est publié Orgueil et préjugés avec un succés immédiat. En mai 1814 sort Mansfield Park dont la critique ne fait pas grand cas mais trouve un écho très favorable auprès du public. Emma est publié en décembre 1815 qui se vend bien et sera le dernier des romans à être publié du vivant de l'auteur. Jane Austen a déjà commencé, à ce moment-là, à écrire The Elliots qui deviendra Persuasion dont elle achève la première version en juillet 1816 alors que sa santé se dégrade dès le début de cette même année. Insatisfaite du dénouement de The Elliots, elle réécrit les deux derniers chapitres de conclusion qu'elle termine le 6 août 1816. En janvier 1817, elle commence un nouveau roman qu'elle intitule The Brothers (Les Frères), qui deviendra Sanditon lors de sa première parution en 1925. Elle en achève douze chapitres avant d'arrêter la rédaction à la mi-mars 1817, vraisemblablement parce que la maladie l'empêche de poursuivre sa tâche. Jane Austen meurt le 18 juillet 1817, à l'âge de 41 ans. Grâce à ses relations ecclésiastiques, Henry fait en sorte que sa sœur soit enterrée dans l'aile nord de la nef de la cathédrale de Winchester. Après la mort de leur sœur, Cassandra et Henry Austen conviennent de la publication regroupée de Persuasion et de Northanger Abbey en décembre 1817.
David Cécil raconte dans "Un portrait de Jane Austen" une vie de chaleur humaine, de rencontres, d'humour et d'amitiés. Jane ne s'est pas laissé abattre par ses amours contrariés. Au XVIIIè siècle, le mariage est pour la femme affaire de vocation et Jane a su trouver en l'écriture un amour total. Elle affirmait aisément : "Mes enfants se sont mes livres".

Voilà, le précieux héritage qui est aujourd'hui le nôtre et pour lequel nous en serons à tout jamais reconnaissant à cette grande dame de la littérature anglaise que sera pour toujours Jane Austen... ! 
 

 

 

Le cottage de Chawton devenu le Jane Austen's House Museum - Sense and sensibility 1811
Le cottage de Chawton devenu le Jane Austen's House Museum - Sense and sensibility 1811

Le cottage de Chawton devenu le Jane Austen's House Museum - Sense and sensibility 1811

Publié dans Jane Austen

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