Les fleurs sauvages des Bougainvilliers, Katherine Scholes

Publié le par LadyRomance

Les fleurs sauvages des Bougainvilliers, Katherine Scholes

Publié le 4 Juin 2015 aux Editions Belfond, 474 pages - Sorti le 6 Avril 2017 chez Pocket Editions

Thèmes : Aventure - Amour - Voyage - Afrique - Années 1940...

Peintre australienne, Kitty Hamilton a été contrainte de renoncer à son art pour suivre son mari Theo au bout du monde, dans la colonie britannique du Tanganyika. Car Kitty a bien des choses à se faire pardonner... Après le scandale qu'elle a déclenché à Londres, la jeune femme n'a pas le choix : si elle veut regagner la confiance de Theo, elle doit endosser son rôle d'épouse modèle. Sans faire de faux pas. Mais, très vite, Kitty s'ennuie, étouffe dans l'univers ultracodifié des colons. Alors, quand son chemin croise celui de Taylor, un Anglais aux positions anticoloniales tranchées, qui lutte aux côtés des Massaï pour la préservation de leurs terres, sa nature fougueuse refait surface.

À l'ombre des bougainvilliers, drames et passions couvent. Déchirée entre son besoin de venir en aide à ce peuple démuni, son attirance pour le charismatique Taylor et le devoir de rester loyale envers Theo, Kitty saura-t-elle faire le bon choix ?

mon avis

Les fleurs sauvages de Bougainvilliers raconte l'histoire de Kitty, une jeune australienne venue s'installer en Angleterre grâce à l'héritage de sa grand-mère qui a toujours souhaité pour elle qu'elle parte de la ferme de ses parents pour une autre vie d'autant qu'elle lui trouve du talent pour les arts. Pour ses parents, son départ avec l'héritage qu'ils convoitaient est une trahison et coupent les ponts avec elle. Une fois à Londres, Kitty rencontre un prince russe, un grand artiste ayant fuit son pays qui voit en elle le portrait ressemblant de sa défunte femme. Ayant épuisée rapidement l'argent de l'héritage entre le voyage et l'hôtel, elle accepte sa proposition de poser pour lui contre le gîte et des cours privés de peinture. Elle réalise ainsi son rêve d'apprendre la peinture et la sculpture avec un maître réputé et reconnu. C'est là qu'elle rencontre celui dont elle tombera amoureuse et qu'elle épousera, Théo, lieutenant colonel, fils de bonne famille qui loue le logement au prince. Théo doit hériter du manoir mais la guerre éclate et laissera des séquelles. Théo en ressortira changé. Ce n'est plus le Théo insouciant, joyeux et plein de projets qu'elle retrouve dans la colonie de Tanganyika après sept ans de mariage et un scandale dont elle est à l'origine lui ayant causé la perte de confiance de son mari. Kitty a beau faire des efforts pour se montrer une épouse parfaite et tenir son rôle insipide de femme de colonel, elle se voit désenchantée de jouer les femmes du monde sans vraiment y parvenir, ne trouvant aucune consolation dans la pratique de son art que son mari lui a interdit suite au scandale. Elle se souvient alors avec nostalgie des bons moments à la ferme avec sa famille en Australie ou le ravissement qu'elle éprouvait à apprendre et à créer en Angleterre. A sa manière, elle parviendra à trouver un nouveau souffle en Afrique en se rendant utile et en se faisant de véritables amis dont le charismatique et intéressant Taylor bien ancré dans ce pays qu'il aime.
Le roman aborde les thèmes de la place de la femme selon le milieu dont elle est issue, différent de celui qu'elle doit intégrer ensuite par alliance. C'est une quête de soi selon ce que l'on a vécu et ce que l'on se sent aspiré à vivre, entre la fidélité à un homme malgré une vie étriquée et un besoin de liberté, de se sentir en adéquation avec ses valeurs. Kitty est le symbole de ce tiraillement entre deux époques, deux styles de vie, une qui a commencé à décliner avec la guerre et une qui commence à émerger. Les différences de classes sociales qui s'effacent.
J'ai beaucoup aimé le personnage de Kitty, une fille de la campagne, peu cultivée et pas sophistiquée du tout, voulant plus que tout échappée à une jeunesse peu exaltante dont elle a pourtant la nostalgie par la suite car rien n'est tout blanc ou tout noir. C'est un personnage qui pourrait sembler complexe mais qui au fond ne l'est pas tant que ça, plutôt nuancé je dirais, car il correspond si bien à cette transition que fut l'après seconde guerre mondiale. Si elle venait d'un milieu social et intellectuel inférieur à celui de son mari, elle a la modernité d'une femme créative, avec de la suite dans les idées, tout en respectant les codes selon son rang. Ce qui la sauve au final, c'est de se tourner vers les autres selon les aspirations de son coeur.
C'est une très belle histoire bien qu'elle souffre parfois de monotonie du fait de cette nostalgie et du caractère plutôt cérébrale de l'héroïne. Mais cela a le mérite de donner un personnage crédible, très juste, comme l'est l'évolution de l'histoire dans ce lieu magnifique de grands espaces sauvages et de situations typiques du pays à cette époque. C'est ce que j'aime chez Katherine Scholes car sans faire de fioritures, elle vise à retranscrire le vrai et sa beauté même dans ce qui peut paraître plus laid ou banal mais qui fait partie de la vie. Sous sa plume, on s'y croirait vraiment. Dénuer d'artifices, elle ne garde que l'authentique. Et ça, cela me plaît beaucoup !

Un roman envoûtant que j'ai beaucoup aimé !

Hali ya kuwa na furaba.
L'état de celui qui est empli de joie.
Le bonheur, tout simplement.

Le nom d'une dame ne doit apparaître dans les journaux que trois fois au cours de sa vie : au moment de sa naissance, de son mariage et de son enterrement.

"C'est Neru, explique Taylor à voix basse. Il appelle l'indicateur. C'est un oiseau amateur de miel. S'il l'entend, il lui répondra par un sifflement particulier, dont il se sert uniquement pour communiquer avec les humains.
- C'est incroyable", murmura-t-elle.
Suivant le regard de Nuru, elle scruta à son tour la cime des arbres.
" l'oiseau appelé "grand indicateur" est le seul à se comporter ainsi, sur dix-sept espèces appartenant à la même famille", ajouta Taylor.
Nuru siffla de nouveau - un son clair, mélodique. Puis il s'immobilisa, inclina la tête de côté, avec un air d'intense concentration. Un sifflement similaire résonna dans l'air et il se retourna vivement, cherchant à repérer sa provenance. Un oiseau gris s'envola d'un arbre à quelque distance de là. Nuru le suivit au pas de course, et tout le monde l'imita. Mais, si leur guide ne quittait pas l'indicateur des yeux, les autres hommes surveillaient attentivement les broussailles pour y détecter le moindre signe de danger.

Les fleurs sauvages des Bougainvilliers, Katherine Scholes

Publié dans Roman historique

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