Jane Austen - Un coeur rebelle, Catherine Rihoit

Publié le par LadyRomance

Publié aux Éditions Ecriture le 19 septembre 2018, 460 pages, 24 euros.

Biographie - Jane Austen - Histoire de vie - Grand écrivain...

Dans le monde anglophone, sa notoriété est aujourd’hui équivalente à celle de Shakespeare. Quantité de livres et d’articles scrutent les moindres détails d’une existence que sa famille considérait pourtant comme dépourvue d’événements. En romancière, mais au moyen d’une enquête quasi policière, Catherine Rihoit débusque et retisse les moindres détails d’une existence pleine de zones d’ombre.

Dès ses écrits de jeunesse, Jane Austen (1775-1817) prend le contrepied de l’émotion larmoyante où baigne la production de son époque. Elle sera dès lors à l’image de ses héroïnes : indépendante, préférant, aux conventions de la bonne société, les plaisirs individuels; aux élans déraisonnés, les jugements pesés.

Une valeur guide toute sa vie, littéraire comme amoureuse : la vérité du cœur. Celle que l’on interdisait aux femmes de son temps. La fausseté était alors, pour une femme, la composante essentielle de la réussite sociale. « Nous n’existons que par le sentiment », écrit-elle dans Persuasion. C’est peut-être là que réside sa réussite : en avance sur son temps, elle coïncide avec les aspirations féminines actuelles.

Rebelle, l’auteur d’Orgueil et Préjugés ? Telle est la question posée dans cette biographie où l’œuvre et la vie de « Jane A » se répondent sans cesse.

mon avis

Jane Austen, un cœur rebelle est une biographie remarquable de Catherine Rihoit dans le sens où il s'agit d'une véritable enquête dans laquelle la biographe traque, décrypte, dissèque, tout ce qui est connu de Jane Austen dans l'objectif de rechercher la vérité. Les proches de Jane Austen ne souhaitaient livrer aucun détails de sa vie privée au public sous prétexte qu'elle avait été sans histoire et sans événement. Comme je me le suis déjà dit et comme l'écrit si bien Catherine Rihoit : "si cette vie est sans histoire, que pouvait-il y avoir de si gênant ?"
Derrière les non-dits, les silences, les passages de lettres manquants, celles détruites entièrement brûlées par sa sœur Cassandra, se trouve ce que fut réellement la vraie Jane Austen. Catherine Rihoit n'est pas dupe et démontre comment Jane Austen dont on attendait rien était une femme en avance sur son temps, qui ne se cachait pas derrière les faux-semblants et qui perçait à jour la mascarade de la vie menée par et pour les hommes de son époque et par l'argent. Elle déplorait que l'unique façon de subsister et de se réaliser pour une femme était de se marier. Non pas qu'elle ne souhaitait pas aimer mais déplorait qu'autour d'elle le mariage menait irrémédiablement à de trop nombreuses grossesses qui dans le meilleur des cas menait la mère à la maladie ou à l'épuisement car rare étaient celles qui atteignaient l'âge de la ménopause. Ce dont Jane Austen était certaine, c'est qu'elle se sentait l'âme d'un écrivain et ne pouvait renoncer à cela. Tout ceci la tourmentait bien qu'elle ait ressenti selon la biographe un véritable amour pour l'Inconnu de Sidmouth comme le nommait Jane Austen. Pas si inconnu que ça, Rihoit nous informe à son sujet. Telle une femme moderne, Jane aurait souhaiter pouvoir aimer, avoir peu ou pas d'enfants et se réaliser en tant qu'écrivain, selon elle.
Catherine Rihoit a réalisé un formidable travail de recherche en profondeur, semble-t-il. Elle ne s'est pas contentée ici de relater des faits. Faits que l'on connaît d'ailleurs pour qui a déjà lu des biographies la concernant. Ce que Rihoit s'est efforcée de faire, c'est d'en révéler le possible sens. Pour cela, elle débusque et retisse les anecdotes. Pour relater, elle décide d'utiliser le "je" et le présent, pour être dans le présent de Jane Austen, sur ses traces. Les nombreux dialogues rendent le récit très vivant et permettent de se sentir très proche de Jane, de ce qui se passe dans sa tête et dans son cœur.
La biographe apporte également un éclairage en détaillant le sens qui se cache derrière les noms et les prénoms comme on le trouve en psychogénéalogie. Il y a également ce qui peut régir une vie chez les enfants en fonction des comportements ou des paroles qu'ont pu tenir les parents. Comme par exemple lorsque le père de Jane déclare à sa naissance, se réjouissant que ce soit une fille, qu'elle serait une poupée pour Cassandra, sa sœur aînée. Elle nous éclaire également en établissant de nombreuses correspondances entre sa vie et son œuvre dans les similitudes que l'on trouve dans ses romans au niveau des faits, des situations ou des personnages.
Après une introduction, toute la biographie composée de vingt chapitres débute avec l'intitulé "avec Jane". On est avec elle. Chaque chapitre est composé de plusieurs parties dont l'entrée est à chaque fois un mot ou un groupe de mots. Le titre est donc développé ce qui entraine parfois des bonds en avant dans le temps et des retours en arrière parfois un peu déstabilisants. Par ailleurs, ce procédé donne lieu a quelques répétitions que j'ai trouvé par moment assez lourdes. C'est peut-être la seule chose que j'ai à reprocher à cette biographie car ce qui
a été le plus important pour moi, c'est que forte d'une évolution du monde de deux siècles, Catherine Rihoit s'est armée du recul et d'un savoir nécessaire pour pouvoir révéler ce que fut la vie de Jane Austen dans laquelle, sans le savoir, elle devenait elle-même l'héroïne de sa propre vie par l'écriture.
Je ne peux que vous conseiller cette biographie de Catherine Rihoit car tout en restant dans le cadre des faits et anecdotes connus et avérés sur Jane Austen, elle est parvenue à réaliser dans sa quête la prouesse de se rapprocher au plus près de son âme pour la restituer à travers le temps.

 

Quand on ne peut avoir ce que l'on veut, mieux vaut aimer ce que l'on a.

Le but de Jane Austen est de devenir son propre mentor, et de s'élever en écrivant des romans qui éduquent à leur tour lecteurs et lectrices.

Cette victoire est due à la possession d'une arme dont aucune de ses héroïnes ne dispose. La plus grande de ses héroïnes, c'est bien elle-même.

Seule issue possible, l'écriture. J'irai au bout. Me lire dissipait la tristesse de mon père. J'étais jeune, je sortais mes griffes pour dénoncer l'absurdité du monde. C'était pour lui. Maintenant, ce sera pour moi.

Publié dans Jane Austen

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