Le monde de Christina, Christina Baker Kline

Publié le par LadyRomance

Publié le4 octobre 2018 aux Editions Belfond, 325 pages, 21.90 euros.

Thèmes : Etats-Unis - Le Maine - Début XXe siècle - Handicap - Récit de vie - Histoires de famille - Marins - Sorcières - Art - Peinture...

Après l'immense succès du Train des orphelins, Christina Baker Kline recrée l'histoire de l'une des muses les plus célèbres, et les plus mystérieuses, de la peinture américaine du XXe siècle. Un roman fascinant et plein de tendresse sur l'amitié, le regard de l'autre et la force de l'art.

Du monde, Christina Olson n'a rien vu. Paralysée depuis l'enfance, elle vit recluse dans la ferme familiale, perchée sur une falaise du Maine. Sa seule ouverture sur l'extérieur : une pièce remplie de coquillages et de trésors rapportés des mers du Sud par ses ancêtres, farouches marins épris d'aventures, et dont les histoires nourrissent ses rêves d'ailleurs. L'arrivée de nouveaux voisins, la pétillante Betsy et son fiancé, le jeune peintre Andrew Wyeth, va bouleverser le quotidien de cette femme solitaire. Alors qu'une amitié naît entre elle et le couple, Christina s'interroge : pourra-t-elle jamais accéder à la demande d'Andrew de devenir son modèle ? Comment accepter de voir son corps brisé devenir l'objet d'étude d'un artiste, d'un homme ?

L'art est le reflet de l'âme. Et sur la toile, Christina redoute de voir apparaître ses failles, et celle qu'elle aurait tant désiré être...
 

mon avis

Le monde de Christina de Christina Baker Kline est un roman que j'ai énormément aimé. Il raconte une histoire très touchante, par moment poignante, basée sur la vie de personnes ayant réellement existées : le peintre Andrew Wyeth et sa muse Christina Olson.

J'ai toujours plaisir à en apprendre un peu plus sur l'Art quand l'occasion m'en est donnée. Savoir ce qu'était la vie des personnes derrière un tableau ou ce qu'il signifie est toujours intéressant. Ici, l'histoire de ce tableau possède un caractère fascinant et envoutant, celui du monde singulier d'une muse. C'est celui aussi en l’occurrence du peintre surnommé Andy dont le père avait déjà une certaine renommée dans le monde de l'Art, célèbre pour ses illustrations à l'époque du livre L'île au trésor. Andy va consacrer sa vie à la peinture même s'il se mariera et aura 2 enfants. C'est à 22 ans qu'il rencontre Christina en juillet 1939 dans sa maison entouré de champs de blé dans le Maine. Lieu qu'il reproduira à sa manière dans son fameux tableau "Le monde de Christina". C'est une maison qui a du vécu et où les ancêtres qui se sont succédés furent de grands aventuriers marins. Une pièce est consacrée à une collection de coquillages du monde entier, la propriété donnant sur l'océan. Ces ancêtres appartiennent à la famille des Hathorn de Cushing dont la mère de Christina est la dernière. Son nom mourra avec elle. Un de leurs ancêtres fut malheureusement célèbre pour avoir procédé au jugement abusif de femmes tristement connues comme Les sorcières de Salem.

Lorsque Andy peint la toile Le monde de Christina, c'est tout une ambiance qu'il révèle à travers le personnage de Christina Olson qui souffrait de paralysies probablement dûes à la maladie de Charcot méconnue à l'époque. Elle n'a cessé néanmoins de vivre le plus normalement possible malgré la douleur car elle possédait une grande volonté et un esprit persévérant. C'est toute l'histoire de Christina qui nous est racontée de sa petite enfance en 1896 où elle contracte la maladie jusqu'en 1948 où elle découvre cette fameuse toile qui fut intitulée par son amie, la femme de Andy, Le monde de Christina.
C'est un roman à l'ambiance fascinante, avec des personnages marquant dont Mamey, la grand-mère de Christina, la mémoire de la famille, une vieille dame fort intéressante et à l'esprit assez exceptionnel pour l'époque qui lui transmet la ferveur des Hathorn. Quant à Christina, très intelligente, elle aurait pu devenir institutrice si son père n'avait pas exigé d'elle qu'elle reste à la maison pour aider dans les tâches ménagères. Elle a connu cependant les affres de l'amour et de belles amitiés même si elle vécut relativement isolées avec l'un de ses frères à la mort de leurs parents.

En résumé, le monde de Christina est une œuvre de fiction basée sur des personnages et des faits  historiques ayant réellement existés. J'ai eu beaucoup de plaisir à le lire car c'est un roman instructif, très poignant par moment qui a suscité beaucoup d'émotions en moi.
C'est un roman qui s'est révélé très touchant et qui a su établir un formidable lien entre l'Histoire, l'Art, et la Littérature tout en laissant la place à l'imagination.

 

Il a bien réussi une chose : parfois sanctuaire, parfois prison, cette maison sur la colline a toujours été mon chez moi. Toute ma vie, j'ai été attirée par elle comme par un aimant, m'efforçant de lui échapper, paralysée par son emprise sur moi. (Il y a plusieurs manières d'être infirme, ai-je appris au fil des ans, plusieurs formes de paralysie.) Mes ancêtres se sont enfouis de Salem pour se réfugier dans le Maine, mais comme tous ceux qui cherchent à fuir leur passé, ils l'ont emporté avec eux. Quelque chose d'inexorable se sème tout seul dans votre lieu d'origine. Vous ne pouvez jamais échapper aux liens de votre histoire familiale, aussi loin que vous voyagiez. Et le squelette d'une maison peut porter dans ses os la moelle de tout ce qui est venu avant.

- Je sais, on pourrait le penser. Les gens disent que je suis un peintre réaliste, mais honnêtement, mes tableaux ne sont jamais tout à fait... réels. J'enlève ce que je n'aime pas et je me mets moi-même à la place.
- Comment ça toi-même ?
- C'est mon petit secret, Christina, dit-il. Je suis toujours en train de me peindre moi-même.

A l'école, on étudie les procès des Sorcières de Salem. Mrs Crowley nous raconte qu'entre 1692 et 1693, deux cent cinquante femmes ont été accusées de sorcellerie, cent cinquante mises en prison et dix-neuf pendues. On pouvait les déclarer coupables sur la base d'une "preuve spectrale", l’affirmation d'un accusateur qu'elles apparaissaient sous forme de fantômes ou à cause de "marques de sorcière", grains de beauté ou verrues. La nature impitoyable du premier magistrat, John Hathorne, étaient notoire. Il agissait davantage comme un procureur que comme un juge impartial.
- Il est notre parent, tu sais, me dit Mamey lorsque je lui raconte cette leçon après école.

- En fait, il existe une légende selon laquelle, quand une des sorcières condamnées se tenait à l’échafaud, attendant qu'on lui passe la corde au cou, elle proférait une malédiction : "Que Dieu se venge sur la famille de John Hathorne."

Publié dans Roman historique

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