Les filles d'Ennismore, Patricia Flavey

Publié le par LadyRomance

Publié le 16 juillet 2018 aux Éditions France loisirs, 474 pages.

Thèmes : Irlande - Début XXe siècle - Première Guerre mondiale - Aristocratie - Amitié Différences sociales - Amour...

Irlande, début du XXe siècle. À huit ans, Rosie croise le chemin de Victoria, la jeune héritière du domaine d'Ennismore. Celle-ci s'ennuie et voit en la fille d’un métayer, l'amie dont elle rêve tant. Au grand dam de sa mère, elle arrive à convaincre son père de partager ses heures de leçon avec Rosie. Au fil des années, leur amitié grandit. Mais à 17 ans, Victoria quitte Ennismore pour Dublin afin de faire son entrée dans le monde, laissant Rosie déchirée entre les aspirations de ces années d'éducation aristocrate et sa modeste position. Elle est bientôt contrainte d'accepter un poste de domestique au domaine. Servir une famille qu'elle a côtoyée pendant dix ans est d'autant plus douloureux que Rosie est amoureuse depuis toujours du frère de Victoria, Valentin.
Alors que l’Irlande s’embrase, le destin de Rosie et Victoria emprunte le chemin de la révolte.

 

mon avis

Les filles d'Ennismore est une romance bien ficelée sur fond de montée du nationalisme irlandais au cours de la Première Guerre mondiale, un mouvement qui veut une Irlande libre du joug britannique. J'ai trouvé ce thème très intéressant et original car je l'ai peu rencontré dans ce genre littéraire.
Ce que je déplore un peu, c'est que l’atmosphère y est triste et pesante quasiment de bout en bout du roman. C'est pas que ce soit très lourd mais j'aime bien lorsque des moments du quotidien, un personnage secondaire ou des descriptions viennent allégées ou égayées un récit assez chargé par ailleurs. C'est tellement plus agréable et cela rend le roman plus attrayant, je trouve. Alors, il y en a eu de ces moments mais pas suffisamment à mon goût car c'est l'impression général que j'en ai gardé.
Le thème principal concerne la croyance somme toute tout à fait relative que la naissance dans un milieu riche ou dans un milieu pauvre détermine la qualité d'une personne et toute sa vie à venir à laquelle elle doit appartenir. L'autrice s'attache ici à décrire le destin d'une héroïne, Rosie, une jeune fille pauvre qui aurait très bien pu avec sa beauté et une éducation être considérée et acceptée en tant que femme du "beau monde". Qu'une jeune fille pauvre pouvait aimer et être aimée d'un jeune homme riche et à contrario qu'une jeune fille riche, en l’occurrence ici Victoria, la fille du domaine qui devient l'amie de notre héroïne, pouvait aimer et être aimée d'un jeune homme pauvre.
Si le roman est comparé à Downton Abbey, c'est que le cœur de l'histoire concerne les personnages du domaine d'Ennismore aussi bien le personnel de la grande maison que ses maîtres. Mais il y a quand même une grande différence à souligner pour celles et ceux qui voudraient y retrouver l'ambiance car celle-ci en est notablement éloignée. On a affaire dans ce roman à un personnel qui s'insurge de la différence des classes sociales et qui se montre très hostile et critique dans les paroles qu'ils échangent envers leurs maîtres. Par ailleurs, le couple que forme les propriétaires du domaine sont beaucoup moins sympathiques et conciliants envers leur personnel que ceux de la série. Donc, la comparaison s'arrête là.
Cependant, on suit avec intérêt l'évolution sur presque vingt ans des deux héroïnes, Rosie qui, au début du roman en 1900, à l'âge de huit ans, va entrer dans la grande maison pour tenir compagnie et calmer le caractère impétueux de Victoria alors âgée de sept ans qui se sent seule et s'ennuie. Elles vont devenir toutes deux cette image même du caractère très aléatoire de la place qu'on occupe selon que l'on soit né riche ou pauvre, qui détermine injustement des vies à cause des usages et des lois que les riches font pour les riches à une époque où la Première Guerre mondiale pourrait venir changer la donne. Les différences entre les classes sociales ne sont plus aussi manifestes et la lutte prend de l'ampleur dans un monde qui en profite pour bouleverser l'ordre établit.
En résumé, Les filles d'Ennismore est une très bonne romance qui se passe en Irlande durant la montée du nationalisme au début du XXe siècle, dans laquelle quelques moments plus légers de temps à autres m'auraient été plus agréables. Les personnages réalistes sont très attachants et évoluent tout au long du roman qui évoque les thèmes de lutte des classes, du féminisme, de l'amitié et de l'amour. L'accomplissement passant souvent par la révolte qu'on soit riche ou pauvre.

 

Petit à petit, Victoria lui fit tout raconter, comme on déroulait une pelote de fil. Au début, il s'en tenait à des généralités. L'Anglais Oliver Cromwell et ses hommes avaient chassé les Irlandais de leurs terres. Le code pénal leur déniait le droit d'être propriétaires, de voter et de recevoir une éducation. De plus, les propriétaires affamaient la population. Dans le comté de Mayo, celui qui avait le lus souffert, près d'un million de personnes étaient mortes. Beaucoup de ceux qui n'étaient pas mort au bout d'une route avaient succombé sur les bateaux cercueils en chemin pour l'Amérique. Après les années de famine, la population irlandaise avait diminué de moitié.

Malgré tout, une petite voix lui murmurait souvent qu'il n'était pas fait pour elle, qu'il était hors de sa portée. Mais elle la faisait taire immédiatement, quitte à se boucher les oreilles. Sinon, ses rêves ne se réaliseraient jamais.

Son Pa l'appelait toujours par son véritable prénom, Roisin, et ajoutait "Dubh". Avec sa prononciation, cela donnait "Ro-sheen Dove", "Rosaleen la Noire" en irlandais, comme il le lui avait expliqué, et aussi qu'on appelait également l'Irlande ainsi. Elle avait toujours aimé qu'il l'appelle comme cela. Avec ses cheveux noirs et ses yeux noisette, si foncés qu'ils paraissaient parfois marron, ce nom lui allait bien.

Publié dans Roman historique

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