Quatre lettres d'amour, Niall Williams

Publié le par LadyRomance

Publié le 17 janvier 2019 aux Éditions Points (Grands romans) 405 pages, 8.10 euros.

Thèmes : Irlande - Mariage de raison - Peinture - Passion interdite - Magie - Secret...

Sur une île au large de Galway, Isabel se résigne à sa destinée : un mariage imparfait et un frère qui ne guérira pas. Venue de la banlieue de Dublin, Nicholas est à la recherche du dernier tableau de son père. Tous deux attendent un signe. Leur rencontre est un foudroiement, une évidence. Quatre lettres d'amour sont écrites. Sous le ciel irlandais, les amants condamnés d'avance ont-ils une chance ?

 

mon avis

Quatre lettres d'amour est une œuvre singulière remarquable. L'ordinaire vient côtoyer l'extraordinaire de façon tout à fait naturelle. J'y ai trouvé quelque chose d'universel, quelque chose de l'ordre de l'éternité, que cela peut aussi bien se passer ici ou ailleurs, mais il se trouve que cela se produit en Irlande dans ce roman.

On pourrait croire qu'il s'agit d'un roman historique en regardant la couverture mais ce n'est pas le cas. C'est un contemporain publié pour la première fois en 1998. Mais de toute façon, il a quelque chose d'intemporel.  Il est beaucoup question de Dieu, du mystère de la vie, du sens de la vie pour nous humain qui voyons les choses à notre niveau et qui les comprenons souvent plus tard à la lumière d'un élément qui nous était caché jusqu'alors.

Rien n'est dû au hasard selon l'adage du père de Nicholas qui le constatera à son tour en vain par la suite.
C'est à l'âge de douze ans que Nicholas, notre héro, apprend que son père a reçu le message de Dieu de peindre. Il connait cet été-là la fin de son enfance devant les soucis de sa mère pour subvenir à leurs besoins.

Au même moment, sur une petite île d'Irlande, sur un rocher face à l'océan, Isabel, onze ans, danse devant son frère Sean, dix ans, qui joue de la musique pour laquelle il possède un don naturel. Pris dans la frénésie de sa musique, il se met à jouer de manière de plus en plus rapide et s'effondre. Devant les yeux médusés et plein d'incompréhension de sa sœur, Sean est pris de convulsions. Il en gardera des séquelles avec paralysie provoquant un choc et un chagrin sourds dans la maison. Isabel en gardera naïvement une profonde culpabilité de par son jeune âge. Par la suite, Isabel rentrera dans un internat sur la grande île à Galway dans le but de poursuive des études. Elle rencontrera un jeune homme qu'elle se résoudra à épouser plus tard malgré le fait qu'il ne la comble pas mais dont elle est amoureuse.

Cependant, c'est sans compter avec le destin qui est déjà en marche malgré les aléas de la vie et les interventions intempestives de l'Homme. Car peut-on vraiment quelque chose contre le Plan Divin souvent incompréhensible à notre échelle ? Il peut conduire pourtant à certains drames et les signes sont souvent loin d'être faciles à déchiffrer lorsque l'on ne connait pas encore la finalité de Ses intentions...

Quatre lettres d'amour est un roman d'Amour avec un grand A sur fond de tragédie de la vie. Il y a quelque chose de profondément humain que Niall Williams révèle en utilisant ce qui peut nous paraître comme du surnaturel mais qui n'est simplement que de l'ordre du Divin et de son intervention sur Terre qui se mêle au libre arbitre de l'Homme. Le style de l'auteur est d'une beauté poétique et romantique incontestable. Et le récit est à la fois imprégné de nostalgie, de drame, de désespoir, mais aussi de tendresse, de liberté, de transformation...
La plume est inspirée et créative. Elle nous mène au delà des mots pour venir résonner dans le cœur car bien plus qu'à notre corps ou à notre pensée, elle s'adresse à notre âme.

 

Peu après ce jour-là, nous avons cessé d'aller à la messe. C'est quelque temps plus tard, je crois, que Dieu vint s'installer chez nous. On n'en parlait pas souvent; lui parler, jamais. Pourtant nous savions qu'il était là. L'athmosphère n'était ni à la piété ni à la prière, mais sa présence s'y faisait sentir. "Comme le chauffage central", disait ma mère. Mon père était parti, et Dieu était resté. C'était à Lui que je confiais les sueurs froides de fin de nuit, ces moments où je pensais que mon père ne reviendrait jamais; à Lui que je demandais l'inspiration pour les toiles de mon père, afin qu'elles se révèlent extraordinaires, d'un génie miraculeux.

Si Margaret Gore avait parlé à sa fille, elle aurait pu le lui dire. Elle lui aurait dit qu'en amour tout change et ne cesse de changer. Il n'y a pas de point fixe ; la pendule du cœur ne s'arrête pas sur l'instant du bonheur pour toujours; c'est l'engrenage du désir et du manque qui fait vibrer les aiguilles, tantôt c'est l'ascension et tantôt la chute, la chute et puis l'ascension, et les doutes se changent en certitudes qui au fil du temps retournent au doute.

Les femmes créent leurs maris. Elles partent d’un matériau brut - cette jeunesse dont elles sont tombées amoureuses, ce beau gosse pataud et plein de bonne volonté - et elles se lancent dans quarante ans de labeur acharné pour se fabriquer l’homme avec lequel elles puissent vivre.

Je l’entendis les regarder. Je sentis dans le silence la lente magie de ces fabuleux tableaux opérer en lui, l’odeur et le mouvement de la mer qui écumait en eux, cette énergie sans relâche et cette beauté que mon père croyait être celles de Dieu lui-même.

Publié dans Roman Contemporain

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