Les confessions de Frannie Langton, Sara Collins

Publié le par LadyRomance

Publié le 18 avril 2019 aux Éditions Belfond, 396 pages, 21.90 euros.

Thèmes : Jamaïque - Londres - XIXème siècle - Colonialisme - Plantation - Esclavage - Inceste - Passion - Double meurtre...

Dans la lignée de Sarah Waters et de Margaret Atwood, Sara Collins signe un roman noir gothique saisissant, qui nous plonge, entre la Jamaïque et le Londres du XIXe siècle, dans une véritable épopée où se mêlent colonialisme, esclavage et racisme ; culpabilité, amour et rédemption.

Esclave. Frannie Langton grandit à Paradise, dans une plantation de canne à sucre, où elle est le jouet de chacun : de sa maîtresse, qui se pique de lui apprendre à lire tout en la martyrisant, puis de son maître, qui la contraint à prendre part aux plus atroces expériences scientifiques...

Domestique. À son arrivée à Londres, la jeune femme est offerte comme un vulgaire accessoire à George et Marguerite Benham, l'un des couples les plus raffinés d'Angleterre.

Séductrice. Seule contre tous, Frannie trouve une alliée en Marguerite. Entre ces deux lectrices invétérées se noue un lien indéfectible. Une foudroyante passion. Une sulfureuse liaison.

Meurtrière. Aujourd'hui, Frannie est accusée du double-meurtre des Benham. La foule se presse aux portes de la cour d'assises pour assister à son procès. Pourtant, de cette nuit tragique, elle ne garde aucun souvenir. Pour tenter de recouvrer la mémoire, Frannie prend la plume...

Victime ? Qui est vraiment Frannie Langton ?

mon avis

Les confessions de Frannie Langton est un roman qui m'a attiré pour ses similitudes avec la série Captive (alias Grace) d'après le roman de Margaret Artwood. Comme j'ai énormément aimé cette série télévisée diffusée sur Netflix, j'ai eu envie de lire ce roman du même genre dans le sens où l'héroïne ici, Frances Langton, une métisse originaire de Jamaïque, est accusée du double meurtre de ses maîtres qu'elle servait à Londres au XIX siècle. C'est en prison durant le procès que Frances écrit son histoire afin de la communiquer au monde.
Cette histoire débute dans une plantation de canne à sucre en Jamaïque en 1812 lorsque Frannie, c'est son surnom, sans parents, est emmenée à l'âge de sept ans dans la grande maison pour être mise au service de  Miss-Bella, la maîtresse de maison. Celle-ci qui s'ennuie lui apprend à lire mais se montre pourtant par moment malveillante. Ses maîtres sont d'ailleurs souvent difficiles et irascibles.
John Langton, le maître de la plantation, la contraint quelques années plus tard à l'assister dans toutes sortes d'expériences scientifiques qu'il pratique sur des corps. Lorsque Frannie atteint l'âge de vingt ans, John Langton l'amène à Londres où il l'offre en cadeau à George et Marguerite Benham, l'un des couples les plus raffinés d'Angleterre. C'est ce couple que l'on retrouve un jour assassiné et dont Frannie est accusée.
C'est la vie d'une métisse ignorant ses origines qui raconte ainsi sa vie durant une quinzaine d'années qui peut apparaître sous diverses facettes pour des yeux qui l'observeraient et la jugeraient de l'extérieur. C'est ce qui est très intéressant dans ce roman car il y a le point de vue des apparences et ce que vit et raconte Frannie de son propre vécu et ressenti. J'aime beaucoup ce genre de récit qui révèle les faux semblants et préjugés. Comme souvent, tout n'est jamais ni tout blanc ni tout noir et l'honnêteté n'est pas toujours là où on veut bien nous faire croire qu'elle se trouve. Alors, Frannie, est-elle une esclave née dans une plantation devenue le jouet de ses maîtres, une domestique au service d'un couple qui n'est raffiné qu'en surface ou la séductrice de Marguerite dans le seul but de se débarrasser des Banham ? Ou bien n''est-elle pas tout simplement une victime de tout ce qu'elle a vécu ?
Les confessions de Frannie Langton est un roman noir de très grande qualité alors qu'il est le premier roman de Sara Collins. Dans un style gothique, il évoque le colonialisme, l'esclavage et le racisme. Il est aussi l'expression de rage d'une héroïne dans la volonté de s'élever de son rang sans pouvoir comprendre ni accepter pourquoi elle se trouve tout en bas. Mais le cours de sa vie l'amènera à devoir faire face à sa propre culpabilité, à se retrouver l'objet d'un amour sulfureux incontrôlable, à se rendre compte de la situation de de la femme sous le joug masculin à cette époque qu'elle soit noire ou blanche et enfin à trouver le chemin de la rédemption.
C'est un roman historique dont la symbolique traverse les âges et les frontières avec une héroïne qui nous touche et nous subjugue dans le récit poignant de sa quête d'amour, de justice et de liberté.

Les livres étaient mes compagnons, dis-je enfin, haussant la voix pour couvrir le bruit du vent qui soulevaient les feuilles et ses jupes. Et je suis heureuse d'avoir pu apprendre, quelque soit la raison pour laquelle c'est arrivé. Cela m'a permis de voir qu'une vie n'est pas figée, qu'elle peut être pleine d'aventures. Parfois, je m'imaginais que j'étais une dame comme dans les romans et les histoires d'amour. Cela va peut-être vous paraître bête, mais j'avais l'impression d'appartenir à un monde qui sinon m'aurait été inaccessible.

Mais, avec le recul, je comprends que la vie est souvent une histoire que l'on se raconte, que l'on peut être à la fois la personne qui lit et l'objet de la lecture.

Comment se fait-il que tous les blancs désirent soit nous apprivoiser, soit nous sauver ? Ce que personne ne veut admettre, c'est que les abolitionnistes ont le même appétit que les esclavagistes pour la misère, simplement ils ne souhaitent pas en faire la même chose. Et ils ont beau dire que tous les hommes sont frères, la plupart d'entre eux me regardent comme si j'avais deux têtes

Publié dans Roman historique

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