Le dimanche des mères, Graham Swift

Publié le par LadyRomance

Le dimanche des mères, Graham Swift

Publié aux Editions Gallimard le 12 janvier 2017, 142 pages.

Thèmes : Angleterre des années 20 - Aristocratie - Domestique... 

Angleterre, 30 mars 1924. Comme chaque année, les aristocrates donnent congé à leurs domestiques pour qu’ils aillent rendre visite à leur mère le temps d’un dimanche. Jane, la jeune femme de chambre des Niven, est orpheline et se trouve donc désœuvrée. Va-t-elle passer la journée à lire ? Va-t-elle parcourir la campagne à bicyclette en cette magnifique journée ? Jusqu’à ce que Paul Sheringham, un jeune homme de bonne famille et son amant de longue date, lui propose de le retrouver dans sa demeure désertée. Tous deux goûtent pour la dernière fois à leurs rendez-vous secrets, car Paul doit épouser la riche héritière Emma Hobday. Pour la première – et dernière – fois, Jane découvre la chambre de son amant ainsi que le reste de la maison. Elle la parcourt, nue, tandis que Paul part rejoindre sa fiancée. Ce dimanche des mères 1924 changera à jamais le cours de sa vie.

Graham Swift dépeint avec sensualité et subtilité une aristocratie déclinante, qui porte les stigmates de la Première Guerre – les fils ont disparu, les voitures ont remplacé les chevaux, la domesticité s’est réduite… Il parvient à insuffler à ce court roman une rare intensité, et célèbre le plaisir de la lecture et l’art de l’écriture.

mon avis

Le dimanche des mères est un court roman de 140 pages qui raconte la journée particulière du dimanche 30 mars 1924 que va vivre Jane Fairchild, une bonne de 22 ans en Angleterre. Le jour des mères signifie la journée de congé durant laquelle les domestiques vont visiter leur mère sauf que Jane est orpheline et prévoit de lire un roman dans le jardin. En effet, elle a reçu une instruction avant d'être employée par les Niven qui ont une certaine considération pour elle. Ce jour-là, elle est invitée par Paul Sheringham son voisin et amant depuis 7 ans, un jeune homme de bonne famille, à venir le rejoindre dans sa maison désertée par les domestiques et ses parents partis déjeuner avec les Niven pour fêter son mariage qui doit avoir lieu dans quinze jours.

Ce roman est l'illustration d'une période durant laquelle la place qu'on occupe dans la société selon les différences de classes sociales résistait encore à un certain déclin. C'est un événement incongru qui en soulève toute l'ironie, à savoir les quelques heures que passent Jane et Paul dans la chambre de ce dernier alors qu'il doit retrouver ensuite sa fiancée, celle-là même qui doit devenir son épouse dans deux semaines. C'est aussi cette image se révélant forte de Jane qui, une fois son amant parti, se promène nue dans les pièces de la maison et qui montre la vacuité de la bienséance et des convenances relatives à toute une époque qui s'essouffle face une réalité, celle de l'évolution de la société réduisant le gouffre entre les classes sociales mais que l'on préfère encore ignorer.

Mon avis sur ce court roman est mitigé car si j'ai trouvé plusieurs choses intéressantes, j'ai été déçue qu'elles tournent court et ne soient pas approfondies. Beaucoup d'idées semblaient très bonnes mais je n'ai pas apprécié beaucoup le style que j'ai trouvé inutilement trop intello pour ensuite ne pas faire mouche outre mesure. Ayant plutôt l'impression que l'auteur s'écoutait parler, je n'ai pas apprécié toutes ces répétitions et le caractère quasi obsessionnel que cela prenait parfois.
J'aurais préféré une sensualité plus délicate et subtile avec une évocation de l'évolution de la société plus contrastée et plus pertinente. Néanmoins, le roman interpelle et ne laisse pas indifférent même si je n'ai pas été totalement séduite, il est vrai. 

Comment peut-on devenir quelqu'un si l'on n'a pas d'abord été personne ?

On appelait ça "se détendre", un terme qui n'entrait pas souvent dans le vocabulaire d'une bonne. Elle disposait désormais de beaucoup de mots qui n'entraient pas dans le vocabulaire d'une bonne. A commencer par le mot "vocabulaire". Elle les glanait par-ci par là, un peu de la façon dont certains oiseaux bâtissent leurs nids. Mais était-elle encore une bonne, ainsi allongée sur ce lit? Et lui, était-il encore un "maître"? On était en droit de se le demander .Il s"agissait là de la magie, de la parfaite stratégie de la nudité.
Plus qu’une « détente », c’était la paix.

Les mots étaient comme une peau invisible qui enveloppait le monde,
qui lui conférait une réalité.
Pourtant vous ne pouviez pas dire que le monde n'existerait pas,
ne serait pas réel si vous supprimiez les mots.
Au mieux, il semblait que les choses pouvaient remercier les mots
qui les distinguaient les unes des autres et que les mots
pouvaient remercier toute chose.

Publié dans Roman historique

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